Archive for La poussière et la bave

Le Système

photo-anthurium-oct-2016-copieSystème, système, système mediatico politique, on a beaucoup entendu parler de système ces derniers jours.
A ce que j’ai compris, le terme utilisé par certains candidats se voulant populistes désigne à la fois leurs adversaires et les journalistes d' »infotainement » qui se moquent de leurs bourdes ou de leurs palinodies, supposant, entre eux une complicité organisée, établie dans le but de leur nuire.
Ben voyons !
Mais le mot « système » est intéressant. Utilisé à l’origine, dans le langage scientifique, pour désigner une série de propositions formant un ensemble cohérent, il a fini, au siècle avant-dernier, par désigner une organisation politique contraignante.
Mais ce n’était encore que peu de chose ; Si j’en crois mon « histoire de la langue de bois » de Christian Delporte, ceux qui ont donné toute son ampleur à l’usage du mot, ce sont les Nazis qui s’en servaient pour désigner la République de Weimar. Tant et si bien que le mot était passé dans le langage ordinaire.
Et c’est un peu ce qui se passe de nos jours où les Médias, à force de reprendre les « éléments de langage » ( de bois ) des candidats finissent par croire que « système » désigne un objet réel au point de désigner E. Macron comme « un candidat anti-système » sans prendre garde au venin qui se cache dans le mot.
Loin de moi l’idée que les candidats qui utilisent ce vocable soient des crypto-nazis, Non.
Mais force m’est de constater où ils vont chercher leur matériel de propagande par une sorte d’inclination qu’on croirait naturelle. On peut voir où le bois de leur langue a poussé.

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Le Sol et le Hutin

photo-cyclamen-oct-2016-copieCette année l’automne est arrivé comme une gifle.
La mauvaise saison est toujours un peu difficile pour les fleurs, il n’y en a plus beaucoup dans le jardin alors j’ai tiré le portrait des cyclamens de la mairie.
Autant bien profiter du fleurissement de la ville, je viens de recevoir la taxe foncière.
Je ne vais pas pleurer, les garçons ça ne pleure pas mais ça fait toujours un choc.
Mais, pour une fois, j’ai écouté un type sympa à la télé.
Il s’agit de Raphaël Gluksmann (oui le fils de Glu-qlu, famille d’origine juive autrichienne) qui parlait du Droit du Sol.
Le Droit du Sol, actuellement attaqué par une Droite intoxiquée au FN, et implicitement par le président avec son histoire de déchéance pour les bi-nationaux, est un truc important pour moi.
Cela me parait être la garantie qu’il n’existera jamais de « Race Française ». Cette fameuse race inchangée depuis le Paléolithique, fantasme qui hante l’inconscient raciste de la Droite.
Or j’ai appris que, d’après ce que dit Gluksmann, le Droit du Sol date de…1315. MILLE TROIS CENT QUINZE ! début du XIV eme siècle, cela fait juste 800 ans.
Le trois juillet de cette année là, le roi Louis X (dit « le hutin ») prit un édit prescrivant que le sol de France affranchissait celui qui le touchait et qu’il serait désormais considéré comme « Franc » c’est à dire à la fois comme sujet du Roi et comme homme « Libre » (c’est à dire pas un serf).
Le droit fut ensuite organisé par François Ier.
Je sens que je vais inscrire Louis X le Hutin dans mon panthéon personnel à côté de l’empereur Caracalla.
Donc, le Droit du Sol est bien une tradition ancienne et solide et fait bien partie de l’Identité Française.
Toutes les traditions ne sont pas bonnes à garder, certaines sont stupides, mais celle-là me parait digne d’être mise en valeur.

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Le Beau Mensonge

photo-passif-sept-2016-6-copieVoici que nos ancêtres les gaulois reviennent dans le débat public, portés par une triste figure.
J’avais, oh, il y a longtemps, écris une note sur ce sujet, rééditée une fois à l’intention d’un gaulois comme moi, mais à la peau parfaitement noire, un gaulois du sud en quelque sorte.
On peut encore la trouver ici
A la relire je crois que je n’aurais pas grand chose à y ajouter.
Mais j’aimerais développer un peu la réponse que je faisais au dernier commentaire.
Celui-ci disait : « Une république qui se construit a besoin d’un socle pour s’établir quitte à tricher un peu. »
Ouais…
Le philosophe Platon, il a environ deux mille cinq cents ans, pestait contre les mythes grecs dans la plupart desquels il voyait des histoires absurdes dont les nourrices farcissaient la tête des enfants.
Il avait, cependant, remarqué que, si des hommes croyaient à ces histoires absurdes concernant la fondation des villes ou la naissance des peuples, ils avaient plus de facilité à se considérer comme membres d’une même communauté.
A contrecoeur, il appelait donc, pour la création de sa République à un « Beau Mensonge » qui aurait joué le même rôle et dont on aurait pu farcir la tête des enfants à la place des contes de nourrice.
Nous en savons quelque chose nous à qui les professeurs de l’école publique ont raconté l’Histoire de France, ce que certains appellent maintenant le « Roman national ».
Evidemment…du roman…
Mais ce roman, fabriqué au XIXéme siècle par des « géants » comme Michelet ou Ernest Lavisse n’était pas le premier, d’autres s’y étaient collés avant.
A la demande du roi Henri II, le poète Ronsard s’était attelé à la rédaction d’une épopée : » La Franciade » qu’il laissa inachevée à la mort de Charles XI.
L’épopée, probablement imitée de l’Enéide (un autre roman national), racontait le périple et les aventures sentimentales de Francus, fils d’Hector, obligé de fuir la ville de Troie incendiée par les Grecs et arrivé sur les côtes de Provence.
Il allait être le fondateur de la Nation et de la Monarchie des Francs.
Hum…des migrants…et venus du Moyen Orient.
Bon, à chacun son roman.
Je ne nierais pas l’efficacité du « Beau Mensonge », les guerres du siècle dernier l’ont démontrée mais beau ou pas, un mensonge reste un mensonge et sommer les français, récents ou non, d’y croire ne me semble pas le meilleur moyen de les rassembler.
A moins d’exercer une emprise totalitaire sur l’esprit de tel ou tel groupe, il semble qu’il y aura toujours des fouineurs qui s’emploieront à les débusquer.
Alors, avons-nous encore vraiment besoin de mensonges pour nous réunir alors que nous savons maintenant qu’ils ne tiendront pas la distance ?

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Rhinocéros

photo-scarabee-des-chenes-copieCette bestiolle est un scarabée rhinocèros (Oryctès nasicornis). Malgré son air féroce, il est tout à fait inoffensif, sauf pour Sylvère qui a la phobie des insectes volants ( même les touts petits ).
Je l’ai trouvé dans mon jardin. Il est, peut-être né dans mon compost et, au soir de sa vie, peut-être a-t-il voulu revoir le lieu de sa naissance.
Ce sont des choses qui arrivent parfois, passé un certain âge.
Bon, faute de fleurs, en ce moment, je l’ai choisi pour illustrer cette note.
En fait, j’aurais dû intituler cette note « Déradicalisation » puisque c’est ce dont je voulais parler.
Mais le mot est tellement laid (comme d’ailleurs son antonyme ‘radicalisation » ) que je n’ai pu m’y résoudre.
Et puis, il me semble que vouloir « déradicaliser » (Oh, bon sang, même mon correcteur d’orthographe n’en veut pas !) un fanatique serait un peu comme vouloir transformer ce scarabée en papillon.
Les politiciens en campagne se gargarisent de ce mot en ce moment et le gouvernement ouvre des centres spécialisés (pour volontaires ).
J’étais un peu sceptique, alors je suis allé voir sur le web si je pouvais trouver quelques informations sur les méthodes employées.
Et j’en suis revenu encore plus dubitatif.
Entre les illuminés, les gourous et les escrocs l’entreprise me semble mal partie.
Si l’on a une vision du monde bien établie et solide, fût-elle complètement idiote, ce ne sont pas des prêches, de l’hypnose, ou des tentatives de lavage de cerveau qui vont vous en faire changer.
En fait seul un choc suffisamment puissant peut fissurer ce genre de certitudes et ce choc, seule la réalité peut l’infliger.
Je pense que le meilleur moyen de « déradicaliser » ces jeunes gens et jeunes filles serait de les laisser partir en Syrie pour qu’ils voient ce qu’est la réalité de leur idéal.
Et si cela ne parvient pas à les « déradicaliser » rien ne le pourra.

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Pureté

Photo laur r 23 copieLe mot « pur » vient du latin purus. On y retrouve la racine indo-européenne « pu » qui désigne la souillure (putride, puant).
Selon une façon caractéristique du latin de construire ses mots,purus signifie : débarrassé de la souillure, nettoyé, propre.
Ce n’est pas un état premier !
La « Pureté Originelle » tant prisée par les Chrétiens n’existe pas pour les Anciens, grecs ou romains.
A l’époque il fallait être purus pour accomplir les actes de culte, un peu comme font, encore aujourd’hui les musulmans qui se lavent les mains avant d’entrer dans la salle de prière de la mosquée. La propreté physique étant inséparable de la pureté morale.
Mais il s’est produit une distorsion du sens de ce mot réservé au vocabulaire des pratiques cultuelles, le mot pur en est venu à signifier aussi : Sans mélange.
Je ne sait pas à quelle époque cela s’est produit, mais, au Moyen Age, l’Eglise avait horreur des mélanges (Je ne sais pas non plus pour quelle raison, hélas) et les proscrivait à un point tel que les peintre ont du attendre la fin du XVII éme siècle pour apprendre que l’on pouvait faire du vert en mélangeant du jaune et du bleu.
A partir de ce moment la pureté est devenue plus ambiguë, les choses pures avaient plus de valeur que les autres ce qui était vrai pour certaines (le métal débarrassé des scories) mais qui, pour d’autres, n’était que fantasme sans mélange (les races pures)
Et nous voilà maintenant, traînant encore dans nos têtes des lambeaux de cette pureté pervertie, haillons venus des âges obscurs.

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Grâce sauvage

photo clematite aout 2016 copieDonc, nous avons appris que Jacqueline Sauvage qui avait tué son mari violent et qui avait bénéficié d’une demie ou d’un quart de grâce du président de la République s’est finalement vu refuser sa libération par le juge d’application des peines.
L’histoire n’aurait pas eu lieu si le président avait accordé une grâce totale, mais…
On sait que le président n’aime pas ce genre de privilège régalien et on le comprend.
La Grâce c’est quelque chose de trop grand pour lui, c’est fait pour les rois, les empereurs, ou les présidents charismatiques et il n’est rien de tout cela.
Alors il a accordé une grâce à sa mesure, un fragment, un lambeau de grâce en laissant les juges décider en dernier ressort.
Résultat : on se retrouve dans une situation qui rappelle furieusement l’affaire Léonarda.

D’abord, on peut penser que, sans nier le crime, la sanction était un peu sévère (10 ans) et que sa situation aurait dû lui valoir de sérieuses circonstances atténuantes.
D’un autre côté on comprend un peu les juges, si une peine trop légère avait laissé penser à toutes les femmes battues qu’elles pouvaient, presque impunément, assassiner leur tortionnaire on aurait pu assister à un massacre.

Un autre point du jugement est intéressant, il prétend que Mme Sauvage (son nom as-t-il influencé le jugement ?) se complait dans une position de victime et qu’elle n’a pas bien pris la mesure de son geste, bref, qu’elle ne montre pas assez de contrition.
Et, de plus, que la « médiatisation » de son affaire la conforte dans cette attitude.
On voit bien que la « médiatisation » qui agace les juges c’est l’Opinion Publique (Plus de 430 000 signatures pour la première pétition demandant sa grâce) qui a forcé la main au président et qui s’est melèe d’une affaire où, selon eux, seuls les gens de justice devraient décider.
Bon, l’Opinion publique n’a pas dit son dernier mot, une nouvelle pétition est lancée.

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mon travail fut-il socialement utile ?

photo anemone caen mars 2 copieJ’ai vu que des jeunes avaient attaqué deux commissariats pour se venger de ce que BFM tv et France Info appellent « des violences policières présumées ».
Au vu de la vidéo qui a justifié cette colère on peut dire qu’en effet ces violences policières sont présumées au plus haut point.
Au point même que la « présumation » se distingue assez mal de la certitude.
Mais passé le premier moment d’agacement devant le discours de ces journalistes présumés je me suis souvenu d’une question que je me posais au début de mon travail dans mon entreprise préférée.
Mon entreprise vendait donc des livres, des disques, de la Hi Fi et des appareils photo et j’étais le magasinier qui s’occupait du stock des « produits techniques » c’est a dire de tout ce qui n’était ni livres ni disques.
Et il m’est arrivé souvent de me demander si le travail que j’effectuais en travaillant pour cette entreprise était bien utile à la société.
C’est vrai, nous vendions des choses dont aucune n’était vraiment indispensable.
Certes il y avait les livres et les disques qui proposaient la Culture, mais la culture n’intéresse finalement qu’assez peu de monde et, pour ce qui était de la Hi Fi et de la photo, dont je m’occupais, je ne voyais pas très bien, mis à part le plaisir que ces instruments pouvaient procurer, quelle pouvait être leur utilité sociale.
Et puis en 1991 est arrivée l’affaire Rodney King.
Ce chauffeur de taxi noir avait été tabassé à Los Angeles par un groupe de policiers blancs.
L’histoire aurait pu n’être connue que de ses participants mais un témoin avait filmé la scène avec un camescope, le même modèle que ceux que je réceptionnais et rangeais dans mon stock.
J’ai été rassuré sur l’utilité sociale de mon travail : vendre des camescopes pouvait contribuer à surveiller la Police.
C’était il y a longtemps, aujourd’hui les violences policières « présumées » sont filmées par des smartphones et il est de plus en plus difficile à la police de mentir.

La photo qui illustre cette note montre l’intérieur et les étamines d’une fleur d’anémone de Caen, fleurs bien présentes cette année dans les jardinières municipales.

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