Archive for Ce que vivent les roses

Visite d’automne.

Cette année, je suis allé déposer mes chrysanthèmes sur la tombe familiale avec une semaine de retard.
Mes chers défunts ne m’en ont pas voulu.
Enfin, je le suppose.
Je voulais profiter du voyage pour rendre visite à ma belle-soeur et elle n’était pas chez elle le jour de la Toussaint.
Depuis l’année dernière je regarde la tombe familiale (le caveau que voulait absolument mon grand-père.) avec un oeil différent.
Auparavant j’y voyais simplement l’endroit où reposaient les membres de ma famille et maintenant j’y vois ma prochaine et dernière maison.
C’est un changement de perspective…euh…déconcertant.
Bon, ceci dit, je ne m’y suis pas attardé plus que d’habitude, ma belle-soeur m’avait invité à déjeuner et j’étais en retard.
« Je t’avertis, m’avait-elle dit au téléphone, je ne me mettrais pas en frais de cuisine, ce sera très simple ! »
En effet : petits poivrons du jardin à l’huile en entrée et en plat de résistance une cuisse de canard confite avec des haricots verts et des cèpes.
Plus une croustade aux pommes en dessert.
C’était simple ( vu par ma belle-soeur) mais délicieux.
Ensuite nous avons pris le café devant la cheminée en parlant du passé.
Cela me fait toujours un effet bizarre de me replonger dans un monde que j’ai quitté depuis si longtemps.
Au fait, ma belle-soeur m’a raconté qu’une de mes cousines était venue lui dire que j’étais homosexuel.
La garce ! je me demande bien comment elle l’a appris.
C’est le côté comique du coming out, on hésite longtemps avant de le faire pour s’apercevoir ensuite que tout le monde était déjà au courant.

Comments (6) »

Chimio 2

Cette rose est une rose baccarat.
Ce n’est pas le genre de fleur que je préfère, je les trouve trop raides avec un petit côté artificiel.
Si je la montre ici c’est qu’elle a été offerte à Sylvère par les infirmières de la chimiothérapie.
Ces rose sont un des éléments du mouvement « Octobre Rose » (par allusion, je suppose à « Octobre Rouge » qui désigne la révolution bolchevique.) qui veut sensibiliser le Public à la lutte contre le cancer du sein.
Sylvère n’a pas de cancer du sein mais il est devenu le chouchou des infirmières.
Il faut dire qu’il est toujours souriant et aimable avec elles alors que d’autres malades, surtout âgés, sont acariâtres et impolis, les traitant comme s’il s’agissait de domestiques.
Avoir un cancer ne donne pas le droit d’être insultant.
La seconde séance de chimio a été beaucoup plus rapide que la première ( deux heures seulement au lieu de cinq) cela lui a quand même laissé le temps de bavarder (son sport favori) avec d’autres malades.
il a rencontré deux hommes qui avaient un tout nouveau cancer au col du fémur.
Ces gens avaient une vie apparemment saine, ni tabac ni alcool, légumes du jardin et randonnées en montagne.
Les médecins qui ont posé le diagnostic ont aussi estimé la cause : pesticides !
La troisième chimio a été reculée d’une semaine car sa dernière analyse de sang a montré une chute de ses plaquettes à la suite de la seconde.
Il est rentré à la maison beaucoup moins aimable qu’avec les infirmières mais, après tout, c’est mon rôle de le supporter.

Comments (12) »

Chimio

J’ai emmené Sylvère à sa première séance de chimiothérapie.
Il en aura une par semaine trois semaines durant, puis une semaine de repos.
Et cela pendant deux mois.
La séance semble s’être bien passée, les infirmières sont attentionnées.
On lui a perfusé six poches de produits, le traitement comporte trois produits qui ne peuvent pas être administrés en même temps.
Il avait l’esprit vraiment embrumé à la sortie.
Depuis il se sent faible, nauséeux et d’une humeur particulièrement agressive (il parait que c’est aussi un effet secondaire de la chimio).
Il a l’impression qu’on lui a injecté du poison et la réalité n’est pas si éloignée de son impression.
Bon, comme il parait que la première chimio est la plus virulente, j’espère que notre vie quotidienne va s’améliorer un peu au fil des jours.

Comments (17) »

Boucher

J’avais déjà dit, je crois que mon fils ainé avait quitté son travail de cadre dans uns société vendant de la mémoire informatique pour trouver un métier où il travaillerait de ses mains.
Il a fait plusieurs stages et il a trouvé un métier qui lui plait.
Il vient de commencer un CAP de …. boucher.
Je n’ai rien contre mais j’ai été surpris tant le métier me parait éloigné de ce qui me semblait être ses goûts et ses préoccupations.
Il m’a expliqué qu’il avait un ami boucher qui l’avait invité à essayer le métier et que ça lui avait plu.
Me voilà avec deux bouchers dans ma famille (le cadet travaille avec un boucher chevalin.) Je suis sûr de ne pas mourir de faim !
Depuis des décennies les gens qui font l’opinion nous serinent qu’on ne pourra plus faire un seul et même métier durant toute sa vie et voilà que mes enfants illustrent cette opinion.
J’attends avec impatience de pouvoir connaitre ses premiers sentiments sur cette nouvelle activité.

Je met une rose tardive (une bouture que j’ai chipée sur un boulevard) pour lui souhaiter bonne chance.

Comments (14) »

Le Leycesteria


Je continue malgré tout à suivre les floraisons du jardin.
En ce moment c’est le tour des Leycesteria.
La floraison est peu spectaculaire mais la plante fait des graines appréciées des oiseaux et surtout des faisans.
On l’utilise pour faire des couverts à gibier.
Je me souviens que j’en avais planté a l’extérieur de mon ancien jardin qui jouxtait une zone sauvage.
Je voyais parfois passer un faisan au magnifique plumage suivie de sa poule à la livrée plus discrète.

Le Leycesteria a des idées bien à lui sur l’endroit où il doit pousser.
Habituellement si une plante est installée à un mauvais endroit elle meurt ou végète, le Leycesteria, lui se déplace pour trouver un endroit plus propice.

Pour cela il pousse de longues tiges souples qui s’inclinent jusqu’à toucher le sol.
A l’endroit du contact la tige se marcotte et fait des racines qui sont la naissance d’une nouvelle touffe.
Quand cette dernière est bien développée, la touffe originelle se dessèche et ainsi, en quelques années, la plante peut se déplacer de plusieurs mètres.
c’est ainsi que le jardinier peut voir ses décisions contestées par ses propres plantes.

Comments (2) »

Toutes les fleurs auraient dû se faner

Il y a longtemps, en commençant ce blog, je m’étais promis de n’y raconter que des choses positives (c’était une autre époque), ce ne fut pas toujours le cas.
Mais aujourd’hui, je ne sais pas trop comment tourner les choses pour que la nouvelle paraisse positive.
Alors voilà les faits bruts : il y e quinze jours Sylvère est entré en clinique pour des calculs rénaux, des coliques néphrétiques comme on dit (Ca fait un mal de chien). Le chirurgien intrigué par ce qu’il avait vu a fait faire des analyses et le verdict est tombé : Cancer.
Un cancer de la prostate « foudroyant » qui a atteint le muscle et, peut-être les vaisseaux du rein.
Plus question d’espérer trouver un travail, il va devoir faire une chimiothérapie qui l’affaiblira trop.
Sylvère est un type combatif mais là, il a fondu en larmes.
J’ai tenté de le consoler mais les mots ne peuvent pas grand chose contre la réalité.
En rentrant à la maison, le jardin était en fleurs nottament les blanches anémones du Japon.
Cela m’a paru comme une sorte de scandale : a vu de la mauvaise nouvelle il me semblait que tout aurait dû être fané.
Bon, il ne sert à rien, de s’angoisser à l’avance nous prendrons les choses qui se présenterons dans l’ordre où elles se présenterons et nous nous battrons ensemble.
Sylvère n’aime pas les condoléances.

Un dernier détail : le médecin a dit à Sylvère que ce cancer n’était causé ni par le tabac ni par l’alcool.
Moi j’ai ma petite idée : ce cancer a été causé par toutes les humiliations que Sylvère a essuyées dans sa recherche d’un emploi.

Comments (17) »

Surprise

Sylvère a trouvé un travail provisoire. Un remplacement de trois semaines dans une association qui s’occupe d’handicapés.
(un organisme qui doit être armé pour résister au cauchemar bureaucratique que constitue l’embauche d’handicapés puisque c’est là sa vocation.
Il s’est rapidement lié d’amitié avec une de ses collègues venue de Madagascar.
Cette dernière lui a confié que ce qui l’avait le plus surprise, quand elle est arrivée en France c’est de voir des ouvriers BLANCS construire des immeubles.
A Madagascar les seuls qui construisent sont des noirs, les blancs sont patrons.

Une surprise analogue avait frappé l’écrivain polonais Vitold Gombrovicz quand, ayant quitté sa Pologne soviétique natale, il est arrivé en France.
S’étant assis à la terrasse d’un café, il avait commandé un café.
On lui a servi son café accompagné, comme cela se faisait alors, de deux sucres enveloppés dans du papier.
Cette enveloppe de papier pour le sucre lui avait alors paru la marque d’un luxe inouï.
C’est l’un des avantages de voyager, on est souvent surpris par des choses qui sont insignifiantes pour les habitant du lieu tellement elles sont habituelles mais qui ne font pas partie de notre propre univers.

Comments (4) »