Archive for novembre, 2017

Antirègniste

En manque de Causes à défendre et en tant que jardinier j’ai décidé d’embrasser celle de l’Antirègnisme.
L’Antirègnisme est la lutte contre toutes les discriminations liées au Règne.
Alors que nombreux sont ceux qui luttent contre les discriminations liées au Règne Animal, il est scandaleux de voir se perpétuer les discriminations qui touchent le Règne Végétal.
Alors que l’Assemblée Nationale vient d’octroyer aux vertébrés le statut « Etres sensibles » (Et pour quoi seulement aux vertébrés ? Ils ont quelque chose contre les invertébrés ?), il nous faut tous exiger que chaque plante soit officiellement reconnue dans ses droits d’être sensible et que cesse la scandaleuse exploitation dont sont victimes les plantes tant pour la nourriture que pour l’habillement et la médecine.
Quoi, les plantes ne seraient pas des êtres sensibles ?
Qu’en savez vous ?
Resterez vous insensibles au cri silencieux de la carotte brutalement épluchée, à la douleur du champ de blé fauché contre son gré, et à la tristesse de cette verveine qui se meurt dans un vase qui d’un coup d’éventail fut fêlé ?
Et voyez sur la photo d’illustration la pitié que peut inspirer une fleur de dahlia oubliée dehors pendant une nuit de gel.
A l’instar des Végans mais pour le respect du règne végétal refusons tous de nous nourrir de plantes, de porter des vêtements faits de coton et de nous soigner avec des médicaments arrachés au Règne Végétal !!
Mais, me direz vous si nous ne pouvons manger ni animaux ni plantes comment allons nous nous nourrir ?
Peu importe ! l’essentiel étant de lutter contre toutes les discriminations !
Et, en tout cas, certainement pas en suçant des cailloux, ce serait une atteinte à la dignité du Règne Minéral !

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Mon Instagram

J’ai appris que, sur le site Instagram, les gens ont pris l’habitude de photographier leur nourriture.
Bon, pourquoi pas ?
Ce n’est pas dans mes habitudes mais, pour une foi, je vais sacrifier moi même à cette nouvelle tradition.
Vendredi dernier, le Yef, que je n’avais pas vu depuis un moment, m’a invité à déjeuner chez lui à midi.
J’ai accepté avec enthousiasme car parmi les diverses cordes qu’il a à son arc, il y a celle de cuisinier.
Il m’a dit : « Je t’ai préparé une surprise »
-« Ah bon ? »
-« Oui, c’est un truc que l’on mange chez moi. »
Quand le plat est arrivé je n’ai pas reconnu ce dont il s’agissait.
Le Yef a ajouté :
-« Je n’aurais pas osé le faire pour quelqu’un d’autre que toi, c’est une tête d’agneau. »
Surprise en effet, je n’en avais jamais mangé.
-« Ca se mange avec les doigts, comme en Tunisie, ma mère m’en faisait souvent »
C’était une demi-tête pour chacun, sciée au milieu par le boucher, il m’a montré comment détacher la mâchoire et c’était parti !
C’était délicieux, d’une finesse et d’un croustillant que je n’aurais jamais imaginés.
Même l’oeil qu’il m’a montré comment extirper de l’orbite.
Comme je me répandais en compliments il a ajouté : « Je savais que tu étais curieux des nourritures particulières. »
Et c’est vrai : quand on est dans un pays étranger dont on ne parle pas la langue les seuls moyens immédiats dont on dispose pour accéder un peu à son intimité sont la musique et la cuisine.
Je ne suis pas du genre à aller réclamer un steak frites dans tous les pays où je vais et, si la nourriture parait parfois insolite, je me dis que si les natifs la mangent c’est que ça peut se manger.
En général, les natifs sont content qu’on apprécie leur cuisine et moi de découvrir des saveurs nouvelles.
Et puis, la cuisine est vraiment une partie de « l’âme » d’un pays.

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Les commémorations d’automne

De tous les grands arbres des parcs, les marronniers sont ceux qui ont les feuilles les plus laides en automne.
Elles semblent commencer à pourrir avant même d’être tombées.
Bon, une fois tombées elles forment d’épais tapis dans lesquels j’adorais trainer les pieds quand j’allais à l’école primaire.
Les vieux marronniers de la place de la Mairie ont été enlevés depuis longtemps, leurs racines commençaient à défoncer la rue.
C’est moi qui ai enlevé mes propres racines, le sol de la ville était trop acide pour moi.
Et, à propos de racines, les « marronniers » qui envahissent de plus en plus les écrans d’information (on est bien obligé de les regarder en espérant l’arrivée de nouvelles plus intéressantes.) il y a de plus en plus de commémorations.
Les dernières qui a occupé les écrans pendant une journée entière ce sont celles des attentats du 13 Novembre à Paris.
Sylvère que ces images agacent me demande :
-« Mais enfin, pourquoi font-ils tout ça ? »
Bonne question.
Je suppose que nos dirigeants qui sentent que la population leur échappe et se disperse entre un narcissisme égoïste (Pourquoi je payerais pour les autres qui ne me sont rien ?) et des idéologies extrêmes (Front National ou Islamistes) tentent par ces cérémonies guindées dont les médias tentent d’extraire jusqu’à la dernière goutte d’émotion, tentent d’unir la Nation dans un sentiment d’union commune.
La Nation…, leurs discours sonnent creux, eux qui sont des européistes convaincus, serviteurs d’une Union dont le but ultime parait bien être la dissolution des Nations.
Mais, dans ce cas précis des attentats, l’union se fait dans la tristesse, un peu comme si l’on commémorait la bataille de Waterloo
Et puis, tous les commentaires et débats dont les chaines infos ont enveloppé ces commémorations ont porté sur le fait des savoir si les populations étaient bien protégées de nouveaux attentats et où en était la lutte antiterroriste.
Bien sûr, ils faut porter secours aux victimes et veiller à protéger les populations.
Mais peut-on unir une nation autour des seuls sentiments de la Tristesse et de la Peur ?
Je doute que ce genre de ciment puisse défier les siècles.

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Patients chrysanthèmes

J’avais acheté des chrysanthèmes pour aller les déposer sur la tombe où se trouvent ma mère et mon frère.
Ladite tombe se trouvant à 170 Kms de mon domicile, ce n’est pas simple d’y aller.
Je n’ai pu m’y rendre pour la Toussaint, j’étais malade.
Une fois la maladie terminée j’ai eu un problème avec ma carte bleue qui a été grillée par une machine défectueuse.
Il me faut attendre une semaine qu’elle soit refaite.
C’est incroyable ce qu’on peut dépendre de ce bout de plastique.
Alors, mes chrysanthèmes patientent courageusement sous la pluie.
J’en avais choisi des modèles à grosses fleurs cette année (ils ressemblent à des anémones de mer), pour changer un peu et de crainte que mes chers défunts ne soient un peu lassé des petites fleurs.
C’est pour eux que je le fait car, moi, je préfère les petites fleurs.
Cela me rappelle une question posée par un ethnologue à un marabout africain :
 » Pourquoi rendre un culte aux morts ? Leurs os ne sont plus que terre et leurs âmes certainement réincarnées depuis longtemps. »
Le marabout avait répondu :
 » C’est pour des souvenirs qui nous sont chers. »
Je ferais bien mienne cette réponse.
Ma mort personnelle n’est pas un problème pour moi (Epicure est passé par là) mais c’est la perte d’êtres aimés qui pose problème.
Mon frère et ma mère me manquent toujours et je me sens toujours un peu coupable d’avoir raté la date du rendez-vous.

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Les Roses de novembre

J’avais entendu sur le net le conseil qu’il fallait tailler les rosiers à la fin octobre.
Oui mais voilà, les rosiers se sont réveillés et font une troisième floraison. J
Je ne vais quand même pas tailler des rosiers en fleurs.
Et je ne suis pas le seul, tous les jardins alentour arborent de magnifiques roses.
Que s’est-il donc passé pour que nous ayons une floraison si tardive ?
Encore un coup du Réchauffement Climatique !
Il ne faudrait cependant pas se réjouir trop vite car les floraisons à contre-saison sont, en général un mauvais présage.
J’ai vu des ormes fleurir en automne, l’année suivante ils étaient morts, victime de la maladie (un coléoptère) qui a tué tous les ormes de France et d’Angleterre.
En Angleterre il n’en reste qu’un seul de vivant et qui, bien entendu, appartient à la Reine.
Bon, je préfère penser qu’il faut plutôt accuser la douceur de ce début d’automne et que mes rosiers refleuriront bravement au mois de mai.
Il n’empêche, je trouve à ces roses quelque chose de mélancolique, un peu comme un adieu.

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La Fin du jour

Comment se passera notre fin de vie ?
J’ai sous les yeux quelques exemples qu’il vaudrait mieux ne pas suivre. Les parents de Sylvère étaient riches…enfin, riches…disons qu’ils étaient à leur aise.
Ils avaient une belle maison dans un village à l’écart de Charleville-Mézières.
Une maison à laquelle la mère de Sylvère avait apporté tout les embellissements qu’elle avait voulu (sol en marbre italien piqueté de paillettes dorées, mosaïque décorative de tradition locale, meubles en chêne massif etc, etc…)
Une maison dans laquelle personne d’autre qu’eux ne rentrait.
Il n’avaient pas d’amis et ils n’en voulaient à aucun prix.
Mais, maintenant, le père de Sylvère est mort et son épouse se retrouve seule à quatre vingt ans passés, dans une maison somptueuse mais située dans un village bâti de résidences cossues où il n’existe plus aucun service, ni boulanger, ni épicier, ni médecin, ni poste.
Il faut prendre la voiture pour la moindre course et la mère de Sylvère voit arriver le moment où elle ne pourra plus conduire, d’autant moins que les conditions météo sont souvent difficiles : pluie, neige, et surtout verglas.
La situation confortable s’est transformée en piège.
Cela me rappelle la situation des banlieues aisées en Amérique où les services ne sont accessibles qu’en voiture et où ceux qui avaient voulu fuir la Racaille des centre-villes se retrouvent abandonnées dès qu’ils ne peuvent plus conduire.
Comment en sommes nous arrivés là ?

Alors, pour la mère de Sylvère, ce lis au parfum puissant mais mélancolique.

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