Le Beau Mensonge

photo-passif-sept-2016-6-copieVoici que nos ancêtres les gaulois reviennent dans le débat public, portés par une triste figure.
J’avais, oh, il y a longtemps, écris une note sur ce sujet, rééditée une fois à l’intention d’un gaulois comme moi, mais à la peau parfaitement noire, un gaulois du sud en quelque sorte.
On peut encore la trouver ici
A la relire je crois que je n’aurais pas grand chose à y ajouter.
Mais j’aimerais développer un peu la réponse que je faisais au dernier commentaire.
Celui-ci disait : « Une république qui se construit a besoin d’un socle pour s’établir quitte à tricher un peu. »
Ouais…
Le philosophe Platon, il a environ deux mille cinq cents ans, pestait contre les mythes grecs dans la plupart desquels il voyait des histoires absurdes dont les nourrices farcissaient la tête des enfants.
Il avait, cependant, remarqué que, si des hommes croyaient à ces histoires absurdes concernant la fondation des villes ou la naissance des peuples, ils avaient plus de facilité à se considérer comme membres d’une même communauté.
A contrecoeur, il appelait donc, pour la création de sa République à un « Beau Mensonge » qui aurait joué le même rôle et dont on aurait pu farcir la tête des enfants à la place des contes de nourrice.
Nous en savons quelque chose nous à qui les professeurs de l’école publique ont raconté l’Histoire de France, ce que certains appellent maintenant le « Roman national ».
Evidemment…du roman…
Mais ce roman, fabriqué au XIXéme siècle par des « géants » comme Michelet ou Ernest Lavisse n’était pas le premier, d’autres s’y étaient collés avant.
A la demande du roi Henri II, le poète Ronsard s’était attelé à la rédaction d’une épopée : » La Franciade » qu’il laissa inachevée à la mort de Charles XI.
L’épopée, probablement imitée de l’Enéide (un autre roman national), racontait le périple et les aventures sentimentales de Francus, fils d’Hector, obligé de fuir la ville de Troie incendiée par les Grecs et arrivé sur les côtes de Provence.
Il allait être le fondateur de la Nation et de la Monarchie des Francs.
Hum…des migrants…et venus du Moyen Orient.
Bon, à chacun son roman.
Je ne nierais pas l’efficacité du « Beau Mensonge », les guerres du siècle dernier l’ont démontrée mais beau ou pas, un mensonge reste un mensonge et sommer les français, récents ou non, d’y croire ne me semble pas le meilleur moyen de les rassembler.
A moins d’exercer une emprise totalitaire sur l’esprit de tel ou tel groupe, il semble qu’il y aura toujours des fouineurs qui s’emploieront à les débusquer.
Alors, avons-nous encore vraiment besoin de mensonges pour nous réunir alors que nous savons maintenant qu’ils ne tiendront pas la distance ?

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6 Réponses so far »

  1. 1

    C’est seulement qu’il ne s’agit pas de nous réunir, tous tant que nous sommes.
    Il s’agit surtout de réunir un groupe pour en ostraciser un ou plusieurs autres…
    Le Pen, en son temps avait émis l’idée de virer tous ceux dont moins de quatre générations étaient « gauloisisées ».
    Un autre de son parti, mais d’origine ibère lui avait fait remarquer que si on ne considérait comme Français que ceux dont au moins les arrière-grands parents étaient nés en France, il n’allait plus rester grand monde…

    • 2

      clodoweg said,

      D’après certains ( Régis Debray en fait) c’est le fait d’ostraciser ceux que l’on désigne comme aliens qui permettrait de réunir un groupe.
      Un groupe quelconque ne se sentirait une communauté qu’en présence d’un Ennemi, de préférence héréditaire.
      C’est un problème.
      Surtout pour l’Union Européenne menacée de subir le sort de l’empire des Habsbourgs.

  2. 3

    Ariane Beth said,

    Tout à fait d’accord, Clodoweg, je pense aussi qu’il ne peut rien sortir de bon d’un mensonge, beau ou laid. (En outre beaucoup semblent préférer les mensonges laids …)
    Identité, histoire : il faut savoir d’où on vient sans doute. Mais conduire en ne regardant que le rétroviseur, c’est l’accident garanti. Je préfère régler le GPS sur la lumineuse phrase de Nietzsche
     » C’est le pays de vos enfants que vous devez aimer ». (Ainsi parlait Zarathoustra. Des vieilles et nouvelles tables n°12 )
    Le pays de nos enfants, de la vie qui avance, de l’avenir.

    • 4

      clodoweg said,

      Oui, mais pour avancer il faut déjà avoir une mémoire, on n’avance pas à partir de rien, alors autant que cette mémoire sache distinguer le vrai du faux.

  3. 5

    geraldhelios said,

    Hummm, un gaulois a la peau parfaitement noire . . .

    J’avoue ne pas me sentir très gaulois, Mais français tout de même malgré tout

    C’est compliqué tout ça

    Signer un Martiniquais

    Ps: Salut Louis ça fait longtemps !

    • 6

      clodoweg said,

      Salut Gérald ! Ca fait plaisir de te revoir ici !
      Je trouve que tu es aussi gaulois que moi, pas plus, pas moins.
      « Nos ancêtres les gaulois » c’est, au choix : un fantasme ou un topos de propagande politique.
      (Ou les deux)
      J’espère que tu vas bien.
      Bises


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