mon travail fut-il socialement utile ?

photo anemone caen mars 2 copieJ’ai vu que des jeunes avaient attaqué deux commissariats pour se venger de ce que BFM tv et France Info appellent « des violences policières présumées ».
Au vu de la vidéo qui a justifié cette colère on peut dire qu’en effet ces violences policières sont présumées au plus haut point.
Au point même que la « présumation » se distingue assez mal de la certitude.
Mais passé le premier moment d’agacement devant le discours de ces journalistes présumés je me suis souvenu d’une question que je me posais au début de mon travail dans mon entreprise préférée.
Mon entreprise vendait donc des livres, des disques, de la Hi Fi et des appareils photo et j’étais le magasinier qui s’occupait du stock des « produits techniques » c’est a dire de tout ce qui n’était ni livres ni disques.
Et il m’est arrivé souvent de me demander si le travail que j’effectuais en travaillant pour cette entreprise était bien utile à la société.
C’est vrai, nous vendions des choses dont aucune n’était vraiment indispensable.
Certes il y avait les livres et les disques qui proposaient la Culture, mais la culture n’intéresse finalement qu’assez peu de monde et, pour ce qui était de la Hi Fi et de la photo, dont je m’occupais, je ne voyais pas très bien, mis à part le plaisir que ces instruments pouvaient procurer, quelle pouvait être leur utilité sociale.
Et puis en 1991 est arrivée l’affaire Rodney King.
Ce chauffeur de taxi noir avait été tabassé à Los Angeles par un groupe de policiers blancs.
L’histoire aurait pu n’être connue que de ses participants mais un témoin avait filmé la scène avec un camescope, le même modèle que ceux que je réceptionnais et rangeais dans mon stock.
J’ai été rassuré sur l’utilité sociale de mon travail : vendre des camescopes pouvait contribuer à surveiller la Police.
C’était il y a longtemps, aujourd’hui les violences policières « présumées » sont filmées par des smartphones et il est de plus en plus difficile à la police de mentir.

La photo qui illustre cette note montre l’intérieur et les étamines d’une fleur d’anémone de Caen, fleurs bien présentes cette année dans les jardinières municipales.

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9 Réponses so far »

  1. 1

    « C’est vrai, nous vendions des choses dont aucune n’était vraiment indispensable. »

    A part le pain, l’eau et un peu de chaleur, rien n’est indispensable.
    Sauf le superflu.
    Son absence doit rendre la vie suffisamment insupportable et ennuyeuse pour qu’on soit passé de la grotte et de la peau de bête à Rosetta…

    • 2

      clodoweg said,

      C’est vrai, ma remarque était largement rhétorique, mais ces choses indispensables le sont sur un plan personnel.
      Mon idée était de savoir si elles étaient utiles d’une façon plus globale, dans le cadre de la société, si elles pouvaient avoir une fonction pour laquelle elles n’étaient pas prévues à l’origine.

      • 3

        Bien sûr que les choses peuvent avoir (et ont) un rôle autre que celui dévolu au départ.
        Même des choses aussi étranges aujourd’hui qu’un vieux McIntosh C22 ou un vieux bras SME 3012.
        C’est tout bêtement que c’est une réminiscence de tas d’autres choses, d’expériences nouvelles, déroutantes et/ou inoubliables.
        D’une atmosphère du monde autre.
        De la vision d’un monde autre.

  2. 4

    tracedepat said,

    Livres, disques, matériel de hifi, appareils photo… Ce n’est certes pas indispensable à la survie, ni même à une vie de contemplation. Mais dieu que ça aide à vivre.
    Tu aurais aussi fourni pinceaux, aquarelles, peintures, aérosols, cadres, toiles et papiers, plus un traitement de texte, un tableur pour rêver sur les nombres, et milles babioles porteuses d’émerveillements, j’aurais ouvert un compte.

    • 5

      clodoweg said,

      Oui, je sais.
      J’ai une anecdote sur le sujet.
      Le père de ma belle-soeur était médecin. Une de ses patientes était un ancien professeur de piano.
      Quand il arrivait chez elle il la trouvait souvent en train de jouer et elle lui disait : « Vous savez, docteur, ça aide à attendre la fin.’

  3. 6

    Tu peux poser la même question au sujet de l’anémone. À ce que je crois savoir, elle ne se mange pas comme d’autres fleurs, alors? Pour moi, le « pas indispensable » est ce qui nous rend humains. C’est l’une des raisons essentielles d’accueillir ces gens qui ont dû fuir leur patrie et qui n’en disposent plus, ni pour eux ni pour leurs enfants.

    • 7

      clodoweg said,

      Non, en effet, on ne mange pas les fleurs d’anémones qui sont toxiques (anémonine).
      L’Hospitalité, si importante dans l’antiquité (Xénia) et une des choses qui nous rendent humains, car il est convenu que les hommes ne se mangent pas entre eux.
      Et il est vrai que c’est une des raisons qui doivent nous faire accueillir les réfugiés, en aussi grand nombre qu’il en arrive.
      Du coup, j’ai l’impression que ceux qui veulent les repousser, peu importe sous quel prétexte, ne sont pas tout à fait humains.

  4. 8

    heure-bleue said,

    Aujourd’hui, ton employeur vend n’importe quoi, des cafetières, des aspirateurs et des téléphones, ceux qui permettent de filmer les violences policières, donc celui qui travaille à ta place est toujours utile.

    • 9

      clodoweg said,

      C’est vrai heure bleue et aujourd’hui les smartphones sont plus répandus qu’autrefois les caméras vidéos et les gens les ont toujours sur eux.
      Et donc, mon successeur reste utile même si l’enseigne s’est mise à vendre des (Oh mon Dieu !) cafetières.


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