Archive for novembre 4, 2012

Fleurs de saison

Comme tous les ans, pour la Toussaint, je suis allé rendre visite à mon frère, enfin… à sa tombe.
Cette année, je n’avais pas trop envie d’y aller.
Tarbes a beau être l’un de ces non-lieux comme Vierzon ou Vesoul, chantés pat J. Brel, j’y ai quand même des souvenirs et je craignais de m’y confronter.
Mais, finalement…, j’y suis allé.
J’ai apporté des chrysanthèmes pomponette.
Dans ma jeunesse il n’existait que de gros chrysanthèmes, dits chrysanthèmes des fleuristes que je n’aimais pas trop, mais je suis tombé amoureux des chrysanthèmes à petites fleurs dès qu’ils sont apparus sur le marché.
J’avais choisi des fleurs jaunes bien dignes de leur nom : fleur d’or (chrysos=or, anthos=fleur ) en grec.
J’ai trouvé sur la tombe une jardinière d’autres chrysanthèmes pomponettes déposée par ma belle soeur, ce qui m’a permis de caler mon propre pot à l’abri du vent qui soufflait à effeuiller un chrysanthème.
J’ai, comme à l’habitude dit quelques mots à mon frère bien que je sache qu’il n’y ait personne dans la tombe.
Rien que des os et des planches de cerceuil dont j’espère qu’elles pourissent tranquillement.
Quelque chose m’agace dans cette habitude d’inhumer d’énormes cerceuils, je préfèrerais qu’on se contente, comme au Magrheb, d’enterrer les morts dans un simple linceul.
Moi qui aime tellement mettre les mains dans la terre, je préfèrerais m’y dissoudre lentement.
Quelques fleurs, donc, sur la tombe ; je me souviens de l’enterrement :
Le cerceuil a été descendu, puis l’on a remis la dalle en place et nous avons vus arriver les fleurs : des couronnes, une, deux, trois, puis dix, vingt, trente, et ça continuait d’arriver, la tombe était entièrement recouverte, les couronnes occupaient toute l’allée, envahissaient les tombes voisines ; On se serait cru dans une pièce de Ionesco.
Il s’est mis à pleuvoir, comme il est décent pour la Toussaint.
J’ai fait un dernier salut au souvenir de mon frère.
L’année prochaine, celà fera dix ans qu’il est mort et il me manque toujours.
Pous je suis reparti, j’avais rendez-vous chez ma belle-soeur où m’attendaient un café et des gâteaux de chez le patissier.

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