Archive for juillet 24, 2012

…en France par la France

J’ai écouté le discours du président de la république à l’occasion de la commémoration de la rafle du Vel d’hiv.
Au moins la partie que toutes les chaines de télévision ont retransmises.
« Un crime commis en France, par la France. »
Un crime commis en France… c’est d’accord.
…Par la France ; Là, je trouve curieux d’imputer un crime réel à une entité imaginaire : la France (éternelle).
Car c’est bien ce qu’est la France, personne ne lui a jamais serré la main.
On sait bien qui a commis ce crime ce sont des gouvernants de l’époque : le maréchal Pétain et son premier ministre Pierre Laval (qui ont été condamnés à mort et pour ce qui est de Laval, exécutés, mais, autant qu’il m’en souvienne, pas pour ce motif) ainsi que les fonctionnaires et policiers qui ont exécuté les ordres.
La suite du discours est encore plus confuse : »Mais ce crime a été aussi commis contre la France, ses idéaux, ses valeurs… »
Est-ce que ce crime a été commis par la France contre elle même ou y avait-il deux Frances ?
Jusqu’à présent ou distiguait deux sous-sections de l’entité imaginaire : l’Etat Français » et la « République ».
Certains prétendaient (et prétendent encore) que l’Etat Français (dirigé par le maréchal Pétain) n’était pas la France.
Ce n’était qu’une sorte d’imposteur qui s’était installé dans le pays à la faveur d’évènements confus alors que la France s’était réfugiée à Londres aux côtés du général De Gaulle.
A la fin de la seconde guerre mondiale, la France s’est « incarnée » (le mot est impropre s’agissant d’entités fictives, mais, sur le moment, je n’en ai pas trouvé d’autre) dans la « République » distincte, sans le moindre doute de l’Etat Français.
Et donc, comme la République n’avait rien à voir avec ces honteuses histoires du Vel d’hiv, celà permettait d’affirmer que la France n’en était pas responsable non plus.
On est là dans la théologie politique ; les orateurs agitent des symboles, des ombres, voire des fantômes.
Dans le concret qu’a donc fait la République a propos de ces crimes antisémites ? Pas grand’chose en vérité : les collaborateurs ont été jugés pour intelligence avec l’ennemi mais pas pour la déportation des juifs, le hauts fonctionnaires qui avaient pris langue avec la résistance gaulliste furent réintégrés, les policiers ne furent pas inquiétés.
Pourquoi donc la République se serait-elle penché sur des crimes qu »elle » n’avait pas commis ?
Le temps passant, et la législation évoluant, les autorités politiques ont fini par reconnaitre que ces crimes avaient bien été commis par des français réels.
L’un d’entre eux qui avait pourtant fait une belle carrière dans l’administration et la politique fut même comdamné pour complicité de crime contre l’humanité.
Dés lors il ne restait plus qu’à remettre les sous-sections dans l’ordre chronologique, à remonter d’un étage dans l’ordre symbolique et à reconnaitre que c’était bien « la France » (entité transhistorique) qui était impliquée dans la déportation des juifs.
Quant il faut, il faut… mais visiblement celà a du mal à passer, d’où les confusions dans l’éloquence présidentielle.

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